« Faire l’amour à Mouthe ! », par Benoît Chauvet…

“Making love in Mouthe!” by Benoît Chauvet.

« On m’en parle depuis bien longtemps. A vrai dire, depuis cette première fois où mes pieds sont montés sur des skis. A l’époque, je soupçonnais quelque second degré là-derrière, mais en voyant l’aplomb de chaque skieur m’annonçant cela, avec sérieux, les yeux rêveurs et émus, j’ai pensé qu’effectivement, il ne pouvait y avoir parole plus sincère.
Malgré cela, je pensais être un peu jeune, et mes oreilles bien chastes en furent par la suite plutôt choquées. A force de l’entendre, j’en devins presque traumatisé.

« Faire l’amour à Mouthe ! » Ils n’avaient que ça à la bouche, ces adultes. Que de toute façon, tout skieur digne de ce nom le faisait. Que c’était une expérience inoubliable, magique, intemporelle, et que si je prenais du plaisir, je pourrais la réitérer les années suivantes, que cela était pratique courante.

J’étais choqué, au niveau vingt de magnitude sur l’échelle de Richter. Le fait de l’entendre de toutes les bouches me faisait penser à ces orgies pratiquées à l’époque des rois Louis affublés de ce X douteux. Même ce VercingétoriX, en y repensant, n’avait plus, à mes yeux, ce costume de héros dont je l’avais revêtu dans mon enfance. Fan de BD, je n’étais plus capable d’ouvrir mes tomes d’AstériX et ObéliX, ayant peur de voir surgir à chaque page quelques dessins équivoques.

Mettant cela de côté, j’ai voulu croire que Mouthe était un lointain sosie de Pigalle. J’y aurais trouvé un mince réconfort. Mais pensez bien, perdue dans les tréfonds du Doubs, Mouthe ne dépassait pas le millier d’habitants, n’avait pas la moindre copie du Moulin Rouge, et j’imaginais bien mal que les quelques hôtels s’y trouvant se transformaient en vastes maisons closes.
En creusant un peu l’affaire, j’ai découvert que Mouthe, fierté locale, s’enorgueillissait d’obtenir un bien grand record, celui de voir son mercure descendre plus bas que ce que le thermomètre pouvait accueillir. Alors pensez bien, faire l’amour à Mouthe, qui plus est en plein hiver, il y avait un truc qui ne tournait pas rond…

Puis à l’été 2014, une rumeur a commencé à circuler. « 69 ! » Dans les bouches, il n’était plus question que de ça. Les anciens essayaient de convaincre les jeunes. Que le 69 n’avait de sens que si tu faisais l’amour à Mouthe. Qu’il fallait bien entendu emmener sa copine le faire. J’étais complètement choqué. La perversion atteignait son comble. Certains disaient que l’histoire du 69 était bien réelle, mais que l’organisation avait caché les chiffres et qu’officiellement, elle avait choisi « 68 », un chiffre qui passait bien mieux auprès du Préfet.

Et tout à coup, en février dernier, sur la ligne de départ, à Lamoura… ça m’a sauté aux yeux. Mais oui, l’amour à Mouthe, c’est La Transjurassienne, tout simplement ! Alors moi aussi, tout ragaillardi, j’y suis retourné, tu parles !
Mais je me suis pris une belle branlée… Bon, ce n’est peut-être pas le terme adéquat… Je vais plutôt dire que je me suis pris une déculottée. Ah non, ça ne va pas non plus… Une fessée ? Une… une…
Enfin bon, j’ai fait Lamoura-Mouthe, quoi ! »

*Double vainqueur de La Transjurassienne (en 2011 et 2013), Benoît Chauvet est n°2 mondial des Longues Distances, membre du team Rossignol Gel Interim… et écrivain !


« I have been hearing this expression for a long time. In fact, I heard it the first time I put on skis. In those candid days, I suspected a pun, but was bewildered by the emotion I could hear and read in the skiers’ eyes. Later on, as I grew up, I found it slightly shocking.

“Making love in Mouthe !” This is what all the adults around me used to say. They added that all respectable skier had to do it, that it was an unforgettable and magical experience, and that if I enjoyed it, I could do it year after year, just like everybody.

I almost believed that Mouthe was a sort of Pigalle, a famous “hot” area of Paris. But with 1000 inhabitants, freezing temperatures and lost in the wild, I could not imagine Mouthe with any hotel turning into a den of vice…

Then in the summer of 2014 a rumor started: it seemed that the organization was covering up the actual length of the track, which was supposed to be 69 km, with a less controversial 68 km.  “69! You have to do the 69 with your girlfriend!” the elders kept saying. I could not believe my ears!

Then all of a sudden, in February of last year, as I was in the starting area in Lamoura…it became blindingly obvious!  Yes, “l’amour à Mouthe” sounds like “Lamoura-Mouthe”!

So I just did it! »

*Double winner of La Transjurassienne (in 2011 and 2013), ranked n°2 of long distances worldwide, Benoît Chauvet is a member of the Rossignol Team Gel Interim… and a writer!